Suisse: l'initiative «Monnaie pleine» ou «argent plein»

Partie 2

Encore plus d'argent "gratuit"

Là, asseyez-vous et attachez votre ceinture, vous n'allez pas croire ce qui suit. Une banque n'a aucunement besoin de dépôts de clients pour octroyer un crédit. Elle n'a pas besoin non plus de dépôts de clients pour acheter pour son compte des actions ou d'autres titres boursiers, car elle les paie avec de l'argent fictif, créé par elle-même, en virant sur le compte du vendeur le montant de l'achat. Cet argent, la banque ne l'a pas, mais le doit à la banque du vendeur, si celle-ci le réclamait un jour en liquide. Cela n'arrive jamais: «l'autre banque» (et toutes les autres) font la même chose, et ceci compense plus ou moins cela.

Au cas où un client viendrait récupérer en liquide un avoir important, la banque commerciale se ferait prêter les billets nécessaires par la Banque nationale, qui lui ouvrirait un crédit, en compte…

La création de l'argent par une banque n'est limitée que par sa réputation auprès de ses clients, et par des prescriptions légales fort souples (les «ratio de fonds propres»), qui précisent qu'en principe, les banques devraient avoir au moins 7% de fonds propres solides. Mais le mode de calcul des fonds propres est complexe (là, il vaut mieux être économiste), et la définition du mot «solide» aussi. Résultat: les spécialistes en comptabilité créative et cosmétique du bilan ont encore de beaux jours devant eux.

Si vous n'avez pas tout compris, ça n'a strictement aucune importance: la plupart des hommes politiques, des journalistes, et même beaucoup d'économistes n'y comprennent rien non plus.

Un dé à jouer, 6 faces

Interviewé par Darius Rochebin (TJ-soir du 6 octobre 2008, 19h.30) au sujet de la crise des subprimes «titrisés» aux États-Unis, Stéphane Garelli, professeur à HEC Lausanne et à l'IMD, une business school de la même ville, pourtant fin connaisseur de ce genre de dossiers, déclarait: «même moi je n'y comprends plus rien, et lorsqu'on n'y comprend plus rien, il est urgent d'arrêter avec ce genre de pratiques».

Limiter le pouvoir des banques

Depuis maintenant trop longtemps, les banques commerciales usent d'un pouvoir autrefois monopole de l'État: créer par une simple ligne d'écriture toute la monnaie scripturale, chargée d'intérêts, que les ménages, les entreprises et même les administrations sont dans l'obligation d'utiliser pour leurs échanges.

L'opacité du système monétaire actuel permet aux banques commerciales de créer autant d'argent qu'elles le veulent. Négligeant leur rôle premier qui est de financer l'économie, ces banques spéculent en risquant d'entraîner les déposants dans leur chute. Cette création monétaire artificielle a permis la plupart des crises qui se succèdent depuis 1973. La prochaine emportera peut être toutes vos économies car la garantie des dépôts ne peut s'appliquer en cas de crise systémique!

Et que se passerait-il si tous les épargnants se présentaient en même temps pour retirer, en liquide, leurs avoirs d'une banque? La Banque nationale refuserait de distribuer tous les billets de banque nécessaires, pour prévenir une hyper-inflation: c'est son rôle. La banque commerciale se retrouverait alors en défaut de paiement le premier jour, puis en faillite le second jour, sauf à être sauvée par l'État (par l'ouverture de nouveaux comptes).

Cela arrive souvent, mais pas toujours. En 2008, la banque américaine Lehman Brothers, en difficulté, s'est tournée vers l'État. Voici le dialogue («Der Spiegel», 13 juillet 2009):

- Washington : à qui devez-vous le plus d'argent? à des résidents américains, ou étrangers?

- Lehman B. : à des étrangers.

- Washington : alors, nous ne vous aiderons pas. La suite est connue: le 15 septembre 2008, la banque Lehman Brothers était déclarée en faillite.

À la même époque, la banque Northern Rock à Londres a eu la «chance» de devoir plus d'argent à des résidents britanniques qu'étrangers, elle a été sauvée.


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