AVERTISSEMENT: rédigé courant 2002, cet article a un peu vieilli; il semblerait que l'Autriche, la Belgique et le Luxembourg restent pour l'instant (juillet 2003) des "paradis" bancaires sûrs. J'engage tout lecteur concerné à compléter son information auprès de son conseiller fiscal, avant d'entreprendre aucune démarche dans le cadre des préoccupations évoquées ci-dessous. Les informations qui suivent sont livrées au plus près de mes connaissances, mais sans aucune garantie.
- peut-il avoir des comptes à l'étranger ?
- les impôts de donation existent-ils en Espagne ?
La question ci-dessus a par la suite été
complétée d'une autre, au sujet de l'impôt sur la fortune.
Voici en leur version brute, les réponses que j'ai
pu donner:
La question du "compte en Suisse"
évoquée ici est presque aussi (plus ? non…) taboue que
le sujet "sur lequel vous avez toujours tout voulu savoir sans
jamais oser le demander" selon la formule chère à
Woody Allen. Elle concerne tous les résidents de l'Union
Européenne et de bons nombre d'autres pays, et pas
uniquement les helvètes, qui ne jouissent, hors de leurs
frontières, d'aucun statut privilégié.
Ce sujet "tabou" a fait couler autant d'encre que l'autre,
mais ces lectures (moins sulfureuses et plus arides) sont
restées entre les mains d'un nombre plus restreint de
spécialistes.
Pourrait-il avoir des comptes à l'étranger ?
Oui, à condition de déclarer leur existence à
l'autorité fiscale espagnole, ce que tout Suisse vivant en
Espagne fait avec un civisme certain si ces comptes sont
situés dans l'Union Européenne. En fait, ce n'est pas tellement
l'existence du compte qui intéresse le fisc, mais plutôt son
évolution. Si il gonfle, c'est qu'il y a eu revenu (taxable). Je n'ai pas
de statistique sur les comptes hors l'UE, mais il semblerait que dans
ce cas, certains distraits omettent de déclarer de tels
avoirs…
Les impôts de donation existent-ils en Espagne ?
Oui, et
ils s'élèvent (en gros) au montant des impôts
de succession. J'ai dû me pencher en détail sur cette
question en 1999: la réponse est plus complexe, et
peut varier en fonction de la durée de possession du bien
par le donnateur, de l'âge du donataire, de la
différence d'âge entre le donnateur et le donataire
(voire de l'âge du taxateur :-) et de pas mal d'autres
choses, mais en gros, c'est ça.
En outre, il n'existe pas
(à ma connaissance, et c'était au moins le cas encore en 1995)
de convention de double imposition en matière
successorale entre la Suisse et l'Espagne. Ce qui veut dire qu'un
héritier en Suisse de biens en Espagne, ou en Espagne de
biens en Suisse devra payer un impôt sur son héritage
tant au lieu de son domicile qu'au lieu de situation du bien
hérité.
Quel est l'impôt sur la fortune ?
Il existe bien
un impôt sur la fortune en Espagne, mais selon quelqu'un qui
y a été assujetti (il ne l'est plus), "à des
taux ridicules, bien inférieurs à ceux
prévalant en France".
Commentaire personnel
S'agissant de réduire l'effet
fiscal, je distingue deux méthodes: la fraude fiscale
(illégale) et l'évasion fiscale (utilisation de tous
les moyens légaux permettant de minimiser l'appétit
du fisc). La "petite" fraude est bien connue: le retraité
étranger s'installant en Espagne et disposant de deux
sources de revenus, par exemple une retraite de son pays d'origine et les
loyers d'un immeuble dans ce même pays,
déclare au fisc espagnol une seule de ces deux sources; sauf
gaffe grossière, ou divorce devant la justice espagnole,
c'est indétectable. Attention, c'est illégal et je
vous conseille donc de ne pas le faire…
Pour ce qui est de l'évasion fiscale (légale)
je ne suis pas un spécialiste.
Je peux tout de même vous donner quelques pistes.
S'agissant de succession, une solution simple est d'inscrire le
bien dont l'acquisition est envisagée en Espagne directement
au nom de l'héritier considéré. Libre à
vous de régler ensuite, par convention de droit privé
passée avec l'héritier, l'usage qui sera fait de ce
bien.
S'agissant de biens importants, nombre de résidents
étrangers ont procédé ainsi:
Paradis fiscal: attention à Gibraltar, très
usité jusqu'à présent pour ce genre de
manoeuvre en Espagne. Dans le cadre d'une tentative d'unification
de la politique fiscale européenne, il semblerait bien que
cette plateforme va "sauter" pour le plus grand plaisir du fisc
espagnol.
Et d'une manière générale, vu
l'ambiance, je me méfierais de tout ce qui se trouve en
Europe (U.E.) ou dans sa sphère d'influence: Luxembourg et
Autriche, d'abord. Il semble en effet qu'un vaste marchandage est
engagé à Bruxelles entre différents pays pour
réduire le nombre de ces paradis fiscaux ou bancaires, sur
un pied d'égalité: les allemands et autrichiens
pourraient garder le Liechtenstein mais devraient renoncer aux
privilèges bancaires du Kleinwassertal (si tant est que
cette zone franche existe encore), en échange de quoi les
italo-franco-espagnols devraient choisir entre Andorre, Monaco ou
Campione, et les britanniques faire des sacrifices du
côté des îles anglo-normandes et/ou de Gibratar
et/ou de l'île de Man. Aux dernières nouvelles, ce sera
Gibraltar.
Car il est facile d'interdire à
ses propres ressortissants de bénéficier du "paradis
frère" (Monaco pour la France, par exemple), mais tentant de
maintenir ce "paradis frère" à l'usage des étrangers (les
personnes résidant hors de France dans mon exemple). Au
niveau européen cependant, le bilan est globalement
négatif, et c'est ce phénomène qui
émeut Bruxelles actuellement.
C'est aussi pour cette raison
que de nombreux Suisses établis en Espagne votent "non"
à l'adhésion de la Suisse à l'U.E….
Après tout, un célèbre promoteur immobilier lausannois
n'est peut-être pas consul honoraire du Panama (autre paradis
fiscal) pour rien.
Voila ce qu'en bref je peux vous dire. Il vous
appartient de consulter votre gérant de fortune, conseiller
bancaire ou une entreprise spécialisée si vous
souhaitez en savoir plus.
Un dernier conseil: planifiez votre déplacement
à l'avance. Une fois installé en Espagne, cela risque
d'être trop tard, alors que si vous "importez" dans votre
bagage une situation légalement établie avant votre
déménagement, personne en Espagne ne pourra vous en
vouloir.